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Bonjour, et bienvenue à notre série d’études méditatives Dieu au quotidien sur la lettre de Paul au Éphésiens en compagnie de Tom Holladay ! Nous en sommes à notre quatrième semaine et nous allons étudier ensemble le chapitre quatre en cinq étapes.
Aujourd'hui, nous allons concentrer notre attention sur les trois premiers versets de ce chapitre.
Paul a consacré trois chapitres à exposer en détail et avec une magnificence remarquable tout ce que Dieu a accompli pour nous, gratuitement par sa grâce. Il nous appelle maintenant à vivre selon la droiture, mais seulement après avoir expliqué ce que Dieu a fait pour nous.
Le chapitre quatre marque la transition entre la doctrine et la pratique. Les trois derniers chapitres de la lettre traitent des implications pratiques des vérités présentées dans les trois chapitres précédents. L'accent y est mis sur la vie du croyant à la lumière de son identité avec Christ. C'est le point de bascule majeur de la lettre aux Éphésiens. Celle-ci se divise d'abord en doctrine, puis en action, de la croyance au comportement, du credo à la conduite, de la position à l'état, et de la révélation à la responsabilité.
Le chapitre 4 décrit à la fois l'unité des croyants et l'espérance nouvelle que les chrétiens ont en Jésus. La première partie du chapitre – des versets 1 à 16 – commence par l'évocation de l'emprisonnement de Paul et son insistance sur l'unité des chrétiens. La deuxième partie – des versets 17 à 32 – développe l’idée de la vie nouvelle que les croyants ont en Jésus. Le verset 1 rappelle aux lecteurs la situation de Paul à cette époque : il était assigné à résidence à Rome depuis deux ans. Voici ce que dit Paul : « Je vous encourage donc, moi, le prisonnier dans le Seigneur, à vous conduire d'une manière digne de l’appel que vous avez reçu. »
Paul encourage les croyants à vivre une vie qui honore la grâce de Dieu. Il a tenu des propos similaires aux Philippiens, au chapitre 1, verset 27 : « Conduisez-vous d'une manière digne de l'Évangile de Christ. » Il le répète aussi dans ses deux lettres aux Thessaloniciens. Les croyants sont appelés à suivre Jésus-Christ. Par conséquent, ils doivent vivre comme lui. Les versets suivants, 2 et 3, présentent plusieurs manières pour les croyants de vivre à l'image de Christ, en insistant sur l'importance de vivre en unité, comme « un seul corps ».
Lorsque Paul dit : « Je vous encourage donc », il nous renvoie aux chapitres un à trois et à notre identité avec Christ, à notre relation actuelle avec Dieu en Christ. La lettre aux Éphésiens opère une transition du principe à l’application, du positionnement au pratique, de la doctrine au devoir. Paul a déclaré qu'il parlait depuis sa prison. Cependant, il a indiqué qu'il n'était pas prisonnier de César, mais « dans le Seigneur ». L'idée est que Paul était en communion profonde avec le Seigneur Jésus. Les non-chrétiens auraient pu juger sa situation déshonorante, mais il considérait comme un grand honneur d'être enchaîné pour Christ. Toute l'incarcération de Paul était liée à sa relation avec le Seigneur. Il n'a pas évoqué sa prison pour susciter la compassion des Éphésiens, mais pour démontrer qu'il jugeait digne de souffrir pour Christ.
Le verbe que Paul utilise – « encourager » est en fait un terme fort dans l’original grec. Paul fait une demande expresse. Il « supplie », il implore : l'idée est d'appeler quelqu'un à la rescousse pour l'aider. Paul exhorté les Éphésiens à vivre selon leur foi. « Implorer » n'est pas le langage de la loi, mais celui de la grâce. Lorsque nous comprenons pleinement tout ce que Dieu a fait pour nous, nous désirons naturellement le servir et lui obéir par gratitude. Comprendre qui nous sommes est le fondement de cette vie digne.
L'idée de marcher est ici envisagée comme un mode de vie, une manière de vivre. Notre conduite quotidienne doit être conforme aux préceptes divins. Lorsque nous nous conduisons d’une manière digne de notre vocation, notre vocation et notre marche sont équilibrées. Notre statut en Christ se reflète dans une démarche conforme à ce statut. L'équilibre de notre vie quotidienne doit correspondre à notre statut en Christ. Voyez-vous, la doctrine et sa mise en pratique doivent être harmonieuses.
Ici, « l’appel » - on dit aussi la vocation – désigne notre statut auprès de Christ, tel que présenté dans les trois premiers chapitres de notre lettre. Notre « vocation » a eu lieu dans l'éternité passée : c’est l'appel efficace au salut. Notre statut en Christ est notre vocation suprême. Notre vocation est l'œuvre de Dieu en nous. La vie chrétienne s'appuie sur les privilèges de notre vocation, et celle-ci influence nos relations personnelles avec les autres croyants.
Notre relation avec Christ est donc le fondement de notre marche avec lui. Il ne suffit pas d'avoir la doctrine sans l'expérience, ni l'expérience sans la doctrine. Nous devons maintenir un équilibre entre les deux. Certains chrétiens minimisent l'importance de la doctrine, mais il est impossible de vivre selon les principes des Écritures sans connaître et comprendre cette doctrine. D'autres croyants veulent se concentrer exclusivement sur la doctrine sans réfléchir à son application dans leur vie. Ces deux points de vue sont déséquilibrés. Une doctrine sans application de ses principes est une orthodoxie morte, et une expérience sans doctrine est superficielle et vaine.
Vivre d'une manière digne de l'appel de Christ comprend cinq traits caractéristiques, cinq vertus ou attitudes fondamentales du croyant pour l’unité chrétienne que Paul décrit aux versets 2 et 3 : « En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour. Efforcez-vous de conserver l'unité de l'Esprit par le lien de la paix. »
La Bible en français courant exprime ainsi ces deux versets : « Soyez toujours humbles, doux et patients. Supportez-vous les uns les autres avec amour. Efforcez-vous de maintenir l’unité que donne l’Esprit Saint par la paix qui vous lie les uns aux autres. »
L'humilité est l'opposé de l'orgueil. L'orgueil détruit l'unité. La véritable humilité nous oriente vers Dieu ; c'est une vertu verticale. L'orgueil a été le premier péché de Satan : sa tentative de s'élever au-dessus du Dieu tout-puissant et même de prétendre être Dieu. Comme nous le lisons dans le livre des Proverbes, au chapitre 16, verset 18 : « L'arrogance précède la ruine et l'orgueil précède la chute. »
Remarquez le mot « toute » au verset 2 : « En toute humilité ». L'idée est que nous ne devons pas avoir une humilité relative, mais une humilité totale. « Toute » souligne l'importance et la diversité des formes d'humilité. Nous sommes appelés à être toujours dans une attitude humble, et l'humilité est avant tout tournée vers Dieu.
On a souvent tendance à être fier de son lieu de naissance, de son visage ou de son origine. On peut être fier de sa réussite, de son éducation ou de son apparence. Cependant, la Bible nous invite à laisser les autres nous louer, comme le souligne le livre des Proverbes, au chapitre 27, verset 2 : « Que ce soit un autre qui fasse ton éloge, et non ta bouche, un étranger, et non tes lèvres. » Bien des péchés trouvent leur source dans l'orgueil. Or, l'humilité nous révèle notre véritable nature, car elle révèle qui est Dieu.
L'humilité favorise l'unité entre les croyants. Se comparer aux autres engendre des problèmes. Minimiser les qualités d'autrui et exagérer les nôtres déforme la réalité.
En fait, lorsque nous prenons conscience de notre propre indignité cela nous remet les pieds sur terre. L'humilité nous permet de nous voir sans fard. Elle implique une juste perspective sur soi-même, fondée sur la conscience de notre culpabilité. Cela nous empêche de nous enorgueillir.
Ceci dit, il ne faut pas confondre humilité et faiblesse. Moïse était humble, mais il a affronté Pharaon avec audace, comme bien d’autres personnages de la Bible. L'humilité est d’une certaine manière la maîtrise de soi. Comme nous le lisons dans le livre des Proverbes, au chapitre 16, verset 32 : « La lenteur à la colère vaut mieux que l’héroïsme ; mieux vaut être maître de soi que s’emparer de villes. » L'humilité, c'est la force maîtrisée. L'humilité consiste à faire preuve de respect envers autrui et à accepter de renoncer à ses droits. De toute évidence, l'humilité ne saurait être assimilée à une personne sans caractère, soumise à tous ceux qui croisent son chemin. L'humilité refuse d'être dominée. L'humilité est une disposition sereine qui supporte avec grâce les irritations d'autrui. Elle est exempte de ressentiment.
L’humilité s’accompagne toujours de la douceur. La douceur fait partie du fruit de l'Esprit. Elle est importante dans la vie de chaque croyant. Cette qualité permet non seulement d'éviter les conflits inutiles, mais elle démontre aussi l'amour que nous sommes appelés à manifester en tout temps.
La douceur ne décrit pas une personne timide, lâche ou faible. C'est la qualité de ceux qui n'éprouvent aucun besoin de vengeance ni de rancune. Il existe dans le croyant une force intérieure qui lui permet d'être indulgent, compréhensif envers autrui. La personne douce ne revendique pas ses droits. Elle préfère subir l'injustice plutôt que de la commettre. Elle comprend qu'elle ne peut prétendre à aucun droit devant Dieu. Tous ses droits lui ont été donnés par le Seigneur. La douceur s'exerce principalement envers Dieu. Cette attitude consiste à accepter comme bonnes les actions de Dieu à notre égard.
La troisième attitude qui devrait révéler une démarche digne d’un chrétien est la patience. Avec la douceur, la patience est un fruit de l’Esprit. C’est la capacité à maîtriser ses émotions avant de céder à la colère. Cette vertu nous empêche de nous venger lorsqu'on nous fait du tort. Le Nouveau Testament utilise deux termes pour désigner la patience : l'un se rapporte aux circonstances, l'autre aux personnes. Ici, il s’agit de la patience envers les autres. Une personne patiente ne cède jamais face à l'adversité.
La quatrième caractéristique d'une vie digne de notre vocation est la volonté de faire preuve de patience envers ceux qui nous maltraitent. Nous supportons les autres grâce aux trois vertus précédentes. Supporter les autres, c'est faire preuve d’humilité, de douceur et de patience, se maîtriser alors que nous serions normalement tentés de réagir violemment. L'expression « supporter » signifie s'abstenir, se retenir.
Si les chrétiens supportent les mauvais traitements d'autrui, c'est grâce à leur capacité d'aimer malgré les difficultés. C'est l'amour qui donne et l’amour qui se donne. La patience va au-delà d'une simple tolérance mécanique. Nous devons agir envers les autres dans un esprit d'amour. L'amour est le moteur de notre patience, et non de notre désir de blesser les autres. Supporter les autres avec amour implique de subir les mauvais traitements sans riposter. Nous ne cherchons pas à changer ceux que nous aimons ; nous les acceptons tels qu'ils sont. Dans un sens « soutenir l’autre », c’est faire en sorte qu’il ne tombe pas, qu’il évite la chute. Soutenons-nous donc les uns les autres, l’amour étant le moyen qui le permet.
Les quatre applications concrètes de la manière dont la foi chrétienne doit se traduire en actes – l'humilité, la douceur, la patience et l'amour – sont encouragées comme autant de manières de vivre selon l'appel que Dieu nous a adressé. Le verset 3 met également en lumière une autre caractéristique : le désir ardent d'unité avec les autres chrétiens. Nous sommes appelés à rester unis dans la paix, car c’est elle qui nous unit les uns aux autres. Les chrétiens doivent être attentifs à ce qui favorise la paix entre eux.
Remarquons que Paul ne nous demande pas de nous « efforcer de créer l'unité de l'Esprit », mais de nous « efforcer de conserver l'unité de l'Esprit ». Il ne nous incombe pas de créer l'unité dans l'Église. Le Saint-Esprit l'a déjà instaurée. Ici, « l’unité » ne désigne pas l'unité organisationnelle, mais l'unité spirituelle. L'unité organisationnelle est une unité extérieure, tandis que l'unité spirituelle est intérieure. C'est une unité qui vient du Saint-Esprit. L'Église ne peut pas instaurer cette unité. Le Saint-Esprit nous l'a déjà donnée. C'est l'unité que le Saint-Esprit opère. Et la paix est un lien qui unit les chrétiens. Le Saint-Esprit unit chaque croyant à tous les autres par notre union en Christ. Il existe une unité universelle entre les chrétiens du monde entier. Aucune Église ne peut organiser ce type d'unité. L'Église peut la préserver, mais non la créer. La véritable unité ne s'impose pas ; c'est une unité de corps plutôt qu'une organisation. Nous préservons l'unité plutôt que de la créer.
Voyez-vous, l'unité dont il est question ici n'est pas une unité à tout prix. Il est contraire aux Écritures de renoncer à la vérité pour l'unité. L'unité n'est pas l'uniformité. L'uniformité est une conformité qui vient de l'extérieur. L'unité vient de l'intérieur. S'efforcer de maintenir l'unité parmi les croyants ne signifie pas nier nos différences. Cependant, le devoir de l'Église est de rassembler riches et pauvres, Juifs et non-Juifs, hommes et femmes, personnes de toutes origines. Telle est l'Église, telle qu'elle est et telle qu'elle doit être. L'Église doit surpasser toutes les barrières qui séparent les individus.
Prions donc ensemble à la fin de notre étude en remerciant Dieu de nous avoir tous unis en lui : « Seigneur, notre Dieu et notre Père, merci de nous avoir unis en toi. Tu nous demandes d’être toujours humbles, d’être empreints de douceur et de patience, et de nous supporter les uns les autres avec amour. Nous confessons humblement que nous n’y sommes pas encore parvenus. Nous implorons ta patience à notre égard. Accompagne-nous dans nos efforts pour mettre en pratique ce que nous apprenons de toi et qui nous unit à toi dans cette lettre aux Éphésiens. Merci pour ta compassion, cette bonté que tu manifestes constamment envers nous. Merci d’avoir tant aimé le monde, et de nous avoir donné Jésus-Christ, notre modèle, notre grand maître, Dieu le Fils. C’est en son nom que nous te prions et t’adorons, amen. »